THE LOOPS
( Le cercle des loups )
|
Nicolas Evans
|
|
OFFICE : Address Linguistics University of Melbourne Parkville Victoria 3052 Australia Phone +61-3-3445175 |
E-mail n.evans@linguistics.unimelb.edu.au
|
HOME : 23 Marshall Street East Brunswick, Victoria 3057 Australia +61-3-3802694 |
|
Signes particuliers
|
|
Entendons-nous. «Le Cercle des loups» n'est pas une
œuvre littéraire, c'est-à-dire une œuvre d'art. Simplement un bon roman
populaire, grand public, qui tient son lecteur en haleine, fait vivre
ses personnages sympathiques et plus ou moins manichéens et qui surtout,
grâce aux recherches de l'auteur, renseigne dans le détail sur la vie
de loups, aux Etats-Unis.
|
|
Le premier chapitre soulève d'emblée l'émotion, qui
décrit minutieusement l'approche d'un loup alpha d'une ferme sur la
terrasse de laquelle se trouve un nourrisson innocent, babillant dans
son berceau... Puissant ressort émotif garanti. Evans connaît les ficelles.
|
|
Les personnages? Une jeune biologiste, Helen, appelée
en renfort de l'Est pour prêter main forte à Dan, le ranger qui s'efforce
de contenir les fermiers du coin dans leur haine du loup. Parmi ceux-là,
Buck Calder, épouvantable et prétentieux macho, le principal rancher
de la région.
|
|
Une figure paternelle si oppressante que son fils,
le doux Luke, en est resté bègue. La passion que l'ado meurtri partage
avec Helen pour les loups les rapprochera singulièrement. Il leur arrivera
de hurler de concert dans les bois pour s'en faire entendre.
|
|
Il y a encore Lovelace, le vieux trappeur qui perpétue
la tradition de l'infâme piège à louveteaux portant son nom: «la boucle
de Lovelace». Et puis, bien sûr, les loups. Neuf loups réintroduits
par le gouvernement fédéral, auxquels, après quelques veaux égorgés,
il va bien falloir se résoudre à coller des colliers émetteurs pour
en surveiller les allées et venues.
|
|
A lire Nicholas Evans: «Le Cercle des loups», Ed. Albin Michel, 1999. Egalement le petit volume de la collection Découvertes Gallimard (No 124), intitulé «La peur du loup», qui comprend une superbe iconographie. |
|
Sur le Net
|
Nick Evans: «les fermiers étaient enragés»
| On croirait que Nicholas Evans est venu puiser la trame de son nouveau roman chez nous. La scène du Cercle des loups se passe toutefois dans le Montana, Etats-Unis: cinq cents pages où, aujourd'hui, les partisans du loup affrontent autorités locales et fermiers sous le regard inébranlable du gouvernement fédéral. |

| Rendu célèbre par L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, Nick Evans fait du retour du loup un enjeu quasi thérapeutique: il peut y avoir quelque chose de rédempteur dans la relation de l'homme avec le loup. |
- Nicholas Evans, votre nouveau livre tombe à pic dans l'actualité. Le loup fait la une des journaux...
- Je sais. Ce retour ne va pas sans mal. Voici peu, une amie biologiste a lâché en Arizona onze loups mexicains - c'est un programme du gouvernement - il n'en reste que deux. Trois ont disparu, six ont été tirés...
C'est tout à fait frappant, cette haine des éleveurs à l'encontre du loup. L'idée du Cercle des loups m'est déjà venue à l'époque où je faisais des recherches pour L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Je me trouvais à Missoula, dans le Montana. Le gouvernement américain venait de lâcher soixante-six loups canadiens dans le parc de Yellowstone et dans l'Idaho.
Ça faisait un foin terrible. Dans le Wyoming, des fermiers étaient devenus si enragés qu'ils arrivaient avec des fusils aux réunions expliquant le programme de réintroduction.
J'ai suivi là-bas des biologistes spécialistes des loups pendant deux mois, en apprenant comment poser des pièges, placer sur les loups des colliers émetteurs. On les a pistés sur terre, par avion... Fabuleux...
- A l'âge virtuel de l'Internet, à l'orée du XXIe siècle, cet animal comme issu du Moyen Age ressort du bois. Etonnant!
- Oui. Je crois que parallèlement à ces développements technologiques, les gens commencent à réaliser ce qu'ils sont en train de perdre. D'où l'impact de ce retour dans l'imaginaire. Je me souviens d'être un jour tombé sur l'un des plus vieux «chuchoteurs à l'oreille des chevaux» (horse whisperer), une sorte de chaman.
Il s'occupait d'un cheval fou, choqué - chaque muscle de son corps était contracté, ses yeux étaient blancs de frayeur - et je l'ai entendu se murmurer à lui-même: ce cheval a oublié d'être un cheval. Bien des gens oublient d'être humains...
- Pour qu'il y ait de l'humain, il faut qu'il y ait du loup?
- Exactement. Si mon Cercle des loups porte ce titre, c'est que les Indiens ont une philosophie du cercle sacré de la vie. Elle dit que la créature humaine est dans un cercle avec les autres créatures, mais qu'elle n'est pas plus importante que les autres, pas plus importante qu'un arbre, une montagne, une rivière ou un autre animal.
Or, l'homme civilisé est sorti de ce cercle. Il a oublié qu'il faut vivre avec les autres créatures. Le loup offre en miroir à la société humaine l'image d'une société qui, elle, est bien restée dans le cercle. Les fans, les passionnés du loup voient en lui UN SYMBOLE D'AVENIR.
- Le loup est riche d'une formidable tradition. Un animal plus culturel que naturel...
- C'est une créature extraordinaire de puissance, que Rome vénérait. Et il y a paradoxalement chez le loup une douceur étonnante. Les adultes s'occupent même des petits qui ne sont pas les leurs, à la façon d'oncles ou de tantes. Les adultes vont chercher la nourriture pour la dégurgiter dans la gorge des petits. Contrairement à ce qui se passe chez l'homme, les loups, comme tous les animaux, n'ont pas la capacité de blesser ceux qu'ils "aiment"...
- Comment en est-on venu à leur diabolisation culturelle?
- Elle va de pair avec la naissance du christianisme, qui a décrété que les animaux n'avaient pas d'âme. Du coup, certains animaux ont été considérés comme meilleurs que d'autres. Bien que leur ADN soit rigoureusement identique, le chien est devenu le meilleur ami de l'homme, et le loup son pire ennemi...
Au-delà des champs, il continuait d'appartenir à la forêt - avec tout ce que celle-ci recelait d'obscur, d'incontrôlable, de primitif, de païen - et il fournissait une parfaite antithèse de méchant. Pourtant, le loup n'attaque pas l'homme.
- Un bouc émissaire?
- Oui. L'histoire du massacre des loups aux Etats-Unis, est un épisode atroce. On les a éradiqués par millions. Cette route pavée de crânes blanchis de loups dont je parle dans Le Cercle des loups a bel et bien existé, au Kansas. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, tous les moyens ont été bons pour s'en débarrasser. Un cadavre de mouton bourré de strychnine permettait d'éliminer quarante loups d'un coup.
La boucle de Lovelace - que j'évoque dans le livre - était un piège particulièrement atroce: placé à l'entrée des tanières, cet anneau de fer comportait en guise d'appât une multitude d'hameçons qui se libéraient et déchiquetaient la gueule du louveteau le jour même où celui-ci s'aventurait pour la première fois à l'extérieur...
- Le massacre évoque celui du bison...
- Oui. Un fameux trappeur chasseur de loups, Aldo Léopold, s'est arrêté le jour où il a vu agoniser une louve qu'il venait d'abattre avec tous ses louveteaux: le feu de ses yeux verts a été pour lui une révélation. Il a troqué sa Winchester contre une plume, et il est devenu écrivain. C'est lui qui a dit: quand il n'y a plus de loups dans le pays ni dans la montagne, ce pays et cette montagne deviennent des déserts.
- Mais, aujourd'hui, les éleveurs font les frais de la réapparition du loup...
- Je comprends tout à fait leur amertume. J'ai de grands amis chez les fermiers du Montana fermement opposés au retour du loup. Leurs aïeux ont conquis l'Ouest pour faire le bonheur de l'Amérique: comment le gouvernement peut-il les menacer aujourd'hui? Selon moi, les mesures de compensation financières devraient permettre de régler le problème.
Evitons surtout les positions extrêmes. Et, plus que du loup, débarrassons-nous de la haine. Comment un groupe quelconque de créatures - animales ou humaines - peut-il soudain devenir le véhicule de LA HAINE! Du jour où nous aurons compris que le loup ne nous hait pas, mais que la haine vient de nous, nous aurons avancé de quelques pas - et rejoint partiellement le Cercle.
Propos recueillis par Jean-François Duval